Astral Chain : Notre Test

Les petits génies de PlatinumGames, studio en partie fondé par des vétérans de Capcom, avaient une dette envers Nintendo. Le géant nippon avait en effet sauvé Bayonetta 2 à un moment particulièrement critique. Si Bayonetta 3 promet déjà quelques sommets vidéoludiques sur Switch, le studio a décidé d’offrir à la fameuse console hybride un monument du jeu d’action / aventure. Son titre : Astral Chain.

Deux héros liés

Il faudrait remplir des centaines de pages pour décrypter le génie des mécanismes ludiques de la dernière production de PlatinumGames. Réalisé par Takahisa Taura, l’un des auteurs du fabuleux Nier: Automata, Astral Chain fonde son game design sur un concept hérité d’Evangelion et de Pacific Rim. Recrutés par une brigade de police secrète où officie son père, chargée de stopper l’invasion de chimères invisibles sortis d’une brèche interdimensionnelle, deux jumeaux se retrouvent aux commandes de « légions », créatures cybernétiques qu’ils dirigent à l’aide d’une chaîne astrale. Comme dans la série culte d’Hideaki Anno ou le blockbuster irrésistible de Guillermo Del Toro, la synchronisation entre l’humain et son colossal avatar est fragile. Un chapitre entier oppose d’ailleurs le héros à l’ensemble des Légions, corrompues par l’air putride d’une dimension parallèle où les a propulsés un boss de la taille d’un immeuble. Prodigieusement mise en scène, la séquence permet surtout aux auteurs de jouer sur les contrastes, en faisant comprendre au joueur à quel point son destin (ou sa réussite) est lié à son alter-égo guerrier. Cette péripétie, totalement imprévisible, aide également à mettre le joueur / spectateur en état l’alerte permanente, chaque niveau d’Astral Chain semblant répondre à des règles narratives propres, et amener des tactiques de jeu nouvelles.

Game Design jusqu’au-boutiste

N’importe quel studio se serait contenté de tirer des mécaniques frontales de ce double-avatar. Les développeurs de PlatinumGames entreprennent au contraire de rincer totalement le concept de départ, en l’adaptant aux situations les plus anodines. Ramasser des items ou de l’énergie implique ainsi soit l’humain, soit la légion ; ce dernier peut espionner des personnages lors des phases d’enquête (car oui, il y a des phases d’enquête !), des parenthèses façon jeu de plates-formes demandent un jonglage permanent des deux côtés de la chaîne, de même que des phases de puzzle-game ou d’énigmes novatrices… C’est évidemment dans les combats que le gameplay révèle tout son potentiel, le joueur pouvant développer des combos délirants en matraquant les gâchettes droite (pour l’humain, doté d’un révolver capable de se transformer en sabre) ou gauche (pour la légion, dont les mouvements sont gérés au stick analogique droit). Il est aussi conseillé de déplacer les deux personnages de façon stratégique pour déclencher des coups spéciaux inédits : on peut notamment enchaîner un adversaire en tournant autour de lui avec la légion, ou le projeter en freinant sa course à l’aide d’une chaîne tendue. Des esquives de dernière minute et attaques critiques sont aussi de la partie, déclenchant des ralentis particulièrement gracieux. Comportant plusieurs arbres de progression distincts, le jeu nous offre enfin en cours la possibilité de switcher entre diverses Légions, dotées de pouvoirs spécifiques (bouclier, arc, déplacements rapides, etc.).

Game of the Year

Entrecoupées de cinématiques dont la mise en scène frénétique évoque le Yoshiaki Kawajiri de Ninja Scroll, ou même de mini-games délirants réservés à des niveaux isolés (cf. la poursuite en moto du générique d’ouverture), Astral Chain bénéficie comme si cela ne suffisait pas d’une bande originale presque aussi inspirée que celle de Nier : Automata, ainsi que d’un production design hallucinant. Le niveau de détail est inédit sur Switch et rare sur tous supports confondus, l’environnement regorgeant d’animations et d’idées suffisamment pertinentes pour rendre ce monde futuriste crédible et incarné (mention spéciale aux limites de vitesse affichées sous forme d’hologrammes sur les routes). On se surprend souvent à observer l’ouvrage la mâchoire béante, en commentant régulièrement le spectacle d’un rire incontrôlé. Tournant à 60 images par seconde en mode TV comme en tablette, Astral Chain est un cadeau du ciel pour tout possesseur de Switch. Vous êtes prévenus : on tient là l’un des meilleurs jeux de l’année.

Notre Verdict : 9/10

Crédits : Nintendo, PlatinumGames